Pour une stabilisation de la démographie au Sénégal : de la nécessité du contrôle du taux de natalité.

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Le dernier recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5) fournit des informations significatives pour les gouvernants et autres décideurs. En jetant un regard sur la pyramide des âges liée à ce recensement, la première remarque qui saute aux yeux est la jeunesse de la population. L’âge médian de la population est de 19 ans, autrement dit la moitié de la population a moins de 19 ans. Cette situation fait ressortir un indicateur à double tranchant. Cette jeunesse de la population (75 % ont moins de 35 ans) peut-être un atout, comme elle peut constituer une contrainte. En effet, une population jeune est un atout, si l’économie nationale est en mesure de la prendre en charge avec efficience. Alors, dans ce cas la capture du dividende démographique devient une probabilité. Par contre, si l’économie nationale est relativement faible, cette structuration de la pyramide des âges devient une contrainte. L’économie nationale ne pouvant pas prendre en charge toute cette population de jeunes, l’Etat se retrouve face à des contraintes énormes, dans la formulation et la mise en œuvre des politiques publiques. Au Sénégal, comme presque dans tous les pays africains, les priorités se chevauchent.
Avec une économie dynamique, n’importe quel Etat peut se permettre de construire des infrastructures telles que des écoles, des universités, et à suffisance pour y accueillir ses enfants. La jeunesse est l’avenir de la Nation, néanmoins si notre population augmente de près de 100 % tous les 10 ans, il est certain qu’avec une telle pyramide des âges, les pouvoirs publics ne parviendront pas à satisfaire les projections économiques. L’Etat peut construire toutes les infrastructures imaginables, cela ne se ressentira pas trop au niveau de la population, car tout le monde ne sera pas satisfait, il y aura toujours des frustrés. Ce sera comme un effet boomerang, on investit mais à l’arrivée ce sera comme si tout est à refaire.
Il arrive un moment dans la vie d’une Nation, il faut savoir s’arrêter et analyser lucidement la situation ; dans le cas du Sénégal, il faut dépasser les pesanteurs sociologiques (religieux, traditionnels, etc.), pour prendre des résolutions courageuses.
Nous sommes 18.032.473 habitants (RGPH-5), notre taux de croissance pour 2022 est 4,7 %, (les projections pour 2023 tournent autour de 5,3 % : source FMI). Le taux de fécondité au Sénégal était de 4,45 enfants par femme en 2020 (5,2 enfants en Afrique). Il y a, à l’état actuel de notre économie une inadéquation entre le taux de croissance et le taux de natalité. Même si des projections de croissance de 9,9 % (ou à deux chiffre) sont envisagées à partir de 2024, avec l’exploitation du pétrole et du gaz.
Il nous faut prendre des mesures urgentes de contrôle des naissances, par la maitrise du taux de fécondité. Ces dites mesures ne seront pas imposées à la population. Elles seront acceptées, si elles sont précédées par une bonne politique d’information, d’éducation et de communication. Avant les années 2000, l’Etat l’avait bien compris, en mettant en place des politiques d’information et d’éducation au niveau des P.M.I.s (Protection Maternelle et Infantile), de l’ASBEF (Association Sénégalaise pour le Bien Etre Familial) et d’autres structures du même genre. Au demeurant, la maitrise du taux de natalité, par le contrôle du taux de fécondité ne se fera pas ad vitam aeternam. IL sera limité dans un horizon temporel de 20 ans par exemple, jusqu’à l’atteinte d’un équilibre préétabli.
D’ailleurs, il est intéressant de rappeler l’exemple de la Chine. A l’époque, le président Deng Xiaoping avait lancé la politique de l’enfant unique. Son objectif était de ne pas dépasser 1,2 milliards de chinois en l’an 2000. Au final, cette loi aura permis d’éviter près de 300 millions de naissances. Il est vrai que comparaison n’est pas raison, cependant cela donne une idée sur des initiatives similaires à prendre. Pour le cas du Sénégal, il ne s’agira pas d’imposer d’autorité la limitation des naissances, loin de là. Mais, en faisant revenir les P.M.I.s, les structures comme l’ASBEF, et par le biais des « badiénou gox », les pouvoirs publics pourraient aider les ménages à prendre conscience du phénomène. A titre d’exemple, comment est-ce possible pour un individu dont le revenu mensuel est de 100.000 francs CFA, d’avoir deux, trois, voire quatre épouses et dix enfants ou plus ? C’est illogique, il se créé des problèmes et en créé pour la société. Alors, la porte est grandement ouverte pour les errements, comme l’émigration irrégulière ou clandestine. La période où on pouvait comprendre cette situation est dépassée depuis bientôt un demi-siècle. A l’époque, les ménages (surtout dans le monde rural) avaient besoin de bras pour les travaux champêtres.
Les pays africains n’échapperont pas à l’évolution de la structure de l’économie avec la mécanisation de l’agriculture et le développement du secteur tertiaire et certainement du secteur secondaire aussi avec l’industrialisation, comme c’est le cas dans les pays développés. De plus en plus, le nombre de ceux qui s’activent dans l’agriculture va progressivement diminuer, pour ouvrir les chemins de l’exode rural plus accentuée, vers les grandes villes.
La problématique est complexe, mais nous n’avons pas le choix. Nous sommes dans l’obligation de stabiliser notre démographie. Si nous nous n’y arrivons pas, cette jeunesse, si elle est désœuvrée, représente une bombe à retardement. Vient alors le temps du grand banditisme, de l’émigration irrégulière, voire du djihadisme.
Pour qu’un pays se développe, chacun doit apporter une pierre dans son édification. Les citoyens doivent travailler et payer des impôts pour participer au développement et au bien-être de la communauté. Malheureusement, ce qu’on observe au Sénégal et ailleurs en Afrique, c’est la pression fiscale sur une partie réduite de la population, faute de pouvoir élargir l’assiette fiscale. Le résultat est sans appel, une bonne partie de la population constitue alors un poids pour la communauté, surtout pour les gouvernants qui ont en charge l’élaboration des politiques publiques.
Il est dès lors temps de lever les tabous, pour mettre sur la table cette problématique du contrôle des naissances, qui est certes sensible, mais il faut oser au moins en débattre.
Le prétexte pour traiter un tel sujet, c’est le phénomène de l’émigration irrégulière, auquel nous assistons, avec le tableau macabre que nous présente chaque jour l’océan, en refoulant les morts sur les plages.
L’émigration irrégulière via les pirogues s’est amplifiée ces 15 dernières années, les raisons pouvant être multiple. La proximité du Sénégal avec le Maroc, les iles canaries et l’Europe est une raison envisageable. L’appât du gain peut-être une autre raison, si l’on sait que beaucoup de candidats à l’aventure dépensent des sommes considérables pour atteindre leurs objectifs. Alors, dans ce dernier cas la responsabilité individuelle et celle des parents sont engagées. En effet, il a été rapporté que des parents ont financé les projets de leurs progénitures.
La meilleure façon de ne pas tomber dans une telle situation dans l’avenir est de redimensionner la famille nucléaire sénégalaise. Nous sommes au 21è siècle, nous ne pouvons pas et nous ne devons pas vivre comme le faisaient nos aïeux, des décennies auparavant. Naturellement, la responsabilité des pouvoirs publics est engagée, même si l’on constate que l’Etat fait d’énormes efforts pour prendre en charge les jeunes, à travers divers programmes de développement agricole, de formation et de financement. Cependant comme dit en supra, tant que nous n’aurons pas réglé avec lucidité la problématique de la démographie, tous les efforts consentis par l’Etat, ne seront certainement pas vains, mais ils ne suffiront pas. L’effet boomerang nous rattrapera en cours de route.

Serigne Ousmane BEYE
Membre du SEN du Parti Socialiste
Professeur d’économie
beyeouse@live.fr

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